L'hiver pointait le bout de son nez et Nathan n'arrivait toujours pas à s'y faire. Il avait tout essayé, se dire que Noël approchait, mais il ne pouvait pas, il n'avait jamais vu l'intérêt de cette saison. Avoir froid et devoir subir des journées de 8h et puis sentir son corps tout endolori. Il détestait tout dans cette saison. Surtout que la promesse d'un repas en famille au pied de la cheminée ne pouvait pas le réjouir, en effet, il n'avait plus de famille et son seul ami était Gabriel. Ses seuls souvenirs de Noël étaient ceux à l'orphelinat et plus particulièrement le premier qu'il avait passé juste après que sa soeur le dépose sans même un baiser.
Ce jour était gravé dans sa mémoire, c'était le 7 mai 1997, il avait 9 ans, et la vie, sa vie s'était écroulée. Le pire était qu'il n'avait presque aucun souvenir avant ce jour maudit, il n'arrivait même pas à se souvenir d'une autre image que la photo de son père sur sa tombe. Cette photo d'un homme souriant, mais au regard vide. Un homme triste et morne, parti trop tard. Il avait perdu cette étincelle dans les yeux, ce pétillement qui ressemble à un sourire. Il était un homme brisé d'avoir trop lutté. Nathan ne savait même pas ce qui avait tué son père et n'avait jamais cherché à le savoir. Certaines personnes le savaient, sa mère tout d'abord, qui avait tenu la main de son père jusqu'au dernier souffle et bien entendu Michel, du fait de son "don".
Assis dans l'herbe dans le parc de la tête d'or, il méditait, sentant tristement la morsure du froid sur sa peau. Mais il s'en moquait, il pouvait partir dès qu'il voulait. Il lui suffisait de penser au Sahara et il y serait en moins d'une seconde. Pourtant il restait là dans le froid et dans la nuit car il trouvait toujours le repos et le calme dans ce parc. Ce qu'il préférait avant tout, c'était régler son rythme cardiaque sur celui des joggers. Et plus particulièrement sur celui d'une jeune fille qu'il avait remarqué dès le premier jour : Sara. Elle habitait Lyon depuis sa jeune enfance et il l'avait aperçue un jour qu'il avait vu ce parc dans un livre et qu'il avait voulu y faire un tour. C'était en août 2008, il venait d'avoir 21 ans et comme d'habitude depuis qu'il connaissait Gabriel, il l'avait fêté avec ce dernier assis sur les armatures du Golden Bridge à contempler le soleil se coucher. C'était une sorte de rituel qu'ils avaient instaurés au moment de la découverte de leurs dons. Gabriel choisissait la destination et vérifiait si c'était possible d'y aller et Nathan s'occupait du "moyen de transport". Il ne comptait même plus les voyages qu'ils avaient fait ensemble, ils étaient plus que de simples amis, ils n'avaient personne d'autre alors ils veillaient toujours l'un sur l'autre. Ils faisaient tout ensemble et aucun des deux ne partait sans prévenir l'autre. Peu à peu Nathan émergea de ses réflexions et essaya de se rappeler ce qu'il s'était passé pendant ces deux mois.
Ils avaient tout simplement décidé de disparaître tous les trois et n'avaient averti personne. Michel avait tout tenté pour les localiser, mais rien n'avait marché. Gabriel n'avait annoncé son plan qu'au dernier moment, car ils devaient faire vite pour enlever Sara de l'hôpital avant que les médecins se sonnent l'alerte, alors méthodiquement pendant que Nathan dormait ou réfléchissait dans la salle d'attente, Gabriel avait préparé son plan. Il l'avait exposé à Nathan en sortant du bureau de Michel où ce dernier les avait mis en garde contre un éventuel acte irréfléchi. Mais à vrai dire, Gabriel n'avait rien à se reprocher, car il n'avait pas écouté Michel, il s'était contenté de hocher la tête de temps en temps pendant qu'il peaufinait les derniers détails. Il avait orchestré ça d'une main de maître puisque personne n'avait réussi à les retrouver et ils avaient pu soigner Sara à l'abri et à l'écart des regards suspects. Ils avaient aussi réussi à la faire parler à nouveau mais cela leur avait effectivement pris deux mois. Deux mois de nuits agitées, de sommeil léger et d'oubli à une seule cause : sauver Sara. Car elle était dans un piteux état, physiquement elle leur avait semblé fragile mais encore en vie, tandis qu'à l'intérieur son âme était brisée et il ne lui restait qu'une parcelle de vie. Nathan et Gabriel avaient dû unir leurs forces pour la sauver et elle ne devait son salut qu'à l'intervention de Michel que Gabriel avait finalement appelé un soir de découragement. Les deux hommes étaient épuisés et ne croyaient même plus à un salut quand, dans un éclair de renoncement, Gabriel avait sorti sa bague et l'avait portée à ses lèvres tout en fermant les yeux. Puis il s'était tout simplement volatilisé appelé par Michel qui l'avait convoqué d'urgence. Il était arrivé directement dans la chaise face au bureau de Michel mais pourtant il avait senti une présence dans la pénombre derrière lui. Une femme était adossée au mur, un sourire au lèvre. sa longue chevelure rousse contrastait avec son teint très pâle. Elle n'avait dit qu'une phrase, mais qui avait tout de suite fait sortir Gabriel de ses gonds. Elle avait dit : "Ta soeur ne te manque pas?".





