Il se réveilla dans un chambre sombre et triste. Il y avait tout autour de lui ce vert morne présent dans tous les hôpitaux, cette couleur qui donne envie de fuir. Il aurait vraiment aimé se sentir chez lui ici, mais son cerveau le lui refusait, il était si habitué à être alerte à chaque réveil, qu'il n'avait jamais pris le temps de penser à cette existence donc à se reposer. De toute façon, personne ne lui demandait de réfléchir et encore moins aujourd'hui, alors il eut envie de bondir du lit. Mais il ne pouvait bien entendu pas fuir car il savait sans regarder ni bouger qu'il était cloué au lit et qu'il n'en partirait que quand il l'aurait décidé, lui ce très cher Gabriel. Juste avant de s'écrouler Nathan avait compris, il avait lu dans ce regard plus de compréhension que prévu et la bague l'avait aiguillé un peu tard, il était invraisemblable que quelqu'un connaisse sa véritable signification, or il lui avait ramenée dès qu'il l'avait trouvée, sans chercher à la garder.
Nathan connaissait Gabriel depuis si longtemps qu'il ne savait même plus comment il l'avait rencontré. Quoique ce devait être sur ce pont, lorsque marchant, le soleil se couchant devant lui, il avait croisé un garçon, marchant, lui, dans l'autre sens, un garçon qui tournait le dos au soleil et qui avait les yeux rivés vers la nuit, il avait la tête haute. Mais le détail qui l'avait incité à l'aborder, c'est qu'il souriait. Ce jour là, ils avaient 16 ans, l'âge de tous les possibles et ensembles ils s'étaient construits un monde d'espérance. Lorsque Nathan avait été choisi, ils avaient crus qu'ils devraient se dire au revoir, mais deux mois après, Gabriel avait suivi et heureux comme jamais, leur amitié avait connu une deuxième enfance. Nathan avait souvent été déçu par ses amis, et il avait beaucoup de mal à accorder sa confiance, mais comment la refuser à quelqu'un qui sourit de tourner le dos au temps et à l'avenir. Son ami était sa propre part qu'il aurait voulu laisser dans le passé, une moitié mélancolique et tourmentée, mais heureuse de se torturer. Gabriel aimait le passé et passait le plus clair de son temps à méditer les yeux fermés, personne ne savait à quoi il pensait, et parfois Nathan se demandait si quelqu'un le saurait un jour. Gabriel souriait dès qu'il le pouvait, sans raison, juste pour le plaisir. Et quand on lui demandait pourquoi, il riait car il était évident qu'il aimait la vie et son travail.
Il essaya donc de se rendormir, sachant Gabriel tout près, à écouter sa respiration pour repartir aider Sara. Gabriel avait toujours été le zèle incarné, il avait même été jusqu'à se déguiser pour tromper la vigilance de Nathan, ce qui n'était pas vraiment nécessaire car Nathan était trop perdu et vidé pour se rendre compte du stratagème. Mais Nathan avait jadis apprécié ce zèle, lorsqu'ils avaient dû s'occuper de Sara. Il ferma les yeux et sombra assez rapidement dans un sommeil sans rêve. Ce sommeil il le remplissait toujours volontairement de voeux car il détestait ne penser à rien. Son voeu le plus fort était d'être libéré de cette mise au ban car il ne pouvait tout simplement pas rester impuissant lorsque Sara allait mal. Il savait bien que ses méthodes étaient peu orthodoxes, mais on lui avait demandé de s'occuper d'elle, et il savait mieux que quiconque ce qui était bon pour elle. Et pour le moment, elle ne pouvait rester sans surveillance. Il devait veiller sur celle que l'on nomme impunément son "âme-soeur", car elle lui avait été assigné.
Dans un premier temps, elle avait été un fardeau pour lui, puis ils s'étaient complétés. D'ailleurs, chose très rare, il l'avait rencontrée avant même qu'il soit choisi. Il avait cru la perdre en endossant son rôle et pourtant elle s'était prise au jeu et ils avaient réussi à atteindre une nouvelle étape dans leur relation. Ils partageaient à présent plus que de l'amour.
